La série des portraits « de l’intérieur » avance. Aujourd’hui, nous vous faisons rencontrer Mathieu Surrel, designer et cofondateur de l’agence de design social La Bobine. Dans cet entretien, Mathieu expose son parcours et sa vision du design, qui comme le rappelle la méthode de La Bobine est : « créer, mais ensemble ».

Pour Mathieu, comme pour l’ensemble des designers de CancerAdom, il s’agit de créer des formats qui soient partageables et compréhensifs par tous, initiés comme novices, de stimuler la créativité grâce à des outils qui permettent à chacun de libérer sa parole et de s’approprier les outils proposés qui cherchent à améliorer les soins à domicile relatifs au traitement du cancer et à cette fameuse HAD…

Rencontre.


 

Bonjour Mathieu ! Alors l’idée de notre site web est de présenter le projet, mais également ses avancées sur les différents terrains, sur les ateliers de co-conception qui ont lieu et les personnes qui les organisent et/ou y participent, car elles ont clairement plein de choses à dire et à raconter.

Est-ce que tu pourrais donc me dire, ce qui t’a amené ici aujourd’hui, quel est ton parcours, pourquoi on te retrouve aujourd’hui à faire ce travail de design social sur le projet CancerAdom ?

Bonjour à tou.te.s ! Comme l’ensemble des membres de La Bobine, j’ai commencé par une licence en design où j’ai eu un peu du mal à trouver ma voie : entre le produit, l’espace, le graphisme, le design d’interactions, d’applications etc., je crois que je ne me retrouvais pas totalement dans une seule de ces « branches » du design… Puis l’idée de réaliser une énième chaise design ou d’intégrer l’équipe d’une start-up digitale visant à faire beaucoup d’argent ne m’excitait pas énormément…

Mathieu Surrel, table d’échange à Lyon – Crédits photos: ©labobine.co / CancerAdom – 2017

 

Grâce à cette licence universitaire, on avait l’opportunité de travailler avec beaucoup de collectivités territoriales qui faisaient appel aux étudiants pour re-designer un peu leurs politiques publiques. C’était un super terrain d’apprentissage ! Ainsi, on a eu la chance de travailler avec des villages situés au nord de Nîmes qui venaient tout juste d’être labellisés village de caractère. Ils cherchaient des manières de valoriser cette labellisation et nous avons travaillé mes deux acolytes, Sophie, Emma et moi, avec eux, dans le cadre d’un projet étudiant. On a donc rencontré les habitants en essayant de comprendre ce qui pouvait les motiver eux à valoriser le village où ils/elles habitaient. La question était de savoir ce que ça allait changer pour eux/elles et rapidement, on s’est rendu compte que ce n’était qu’en travaillant sur des problématiques sociopolitiques antérieures à la labellisation que l’on allait pouvoir débloquer les mécanismes d’un engouement citoyen large. Ce n’est que plus tard que l’on a pu travailler sur la mise en place d’outils de valorisation du label. Mais voilà, boum, à ce moment-là on avait mis les doigts dans cette idée de diagnostic en amont, de rencontres avec plein d’acteurs différents, ce travail ou plutôt cette démarche d’enquête qui nous permettait de ne pas dire des choses trop idiotes ensuite sur comment valoriser le label du village et amener plus de touristes à visiter les lieux !

Suite à cela, nous avons tous les trois intégré le Master Design et innovation Sociale de l’Université de Nîmes. Les filles étaient supers motivées, elles se sont spécialisées dans le design social, elles ont travaillé par exemple avec Brice Dury à Lyon, Armel Le Coz à Paris. Moi j’ai mis un peu plus de temps qu’elles, mais je me suis vraiment rendu compte à la fin du Master que c’était ça qui m’intéressait [rires].

 

“On a décidé de travaillé sur la santé, car nous voyons qu’il y a beaucoup de demandes à ce niveau et qu’il y a surtout beaucoup de gens qui ont envie de faire bouger les cadres”

 

On a donc bossé pendant deux ans sur le design social, les méthodologies des sciences humaines, pour justement apprendre à ne pas faire du design comme on fait de l’art, pour une forme d’élite. Non, encore une fois il s’agissait pour nous de se servir de ce que l’on savait faire pour rendre service aux autres. À l’issue du Master, j’ai fait 6 mois chez User Studio à Paris, où je me suis un peu plus affiné sur le design d’interface et le design de service et notamment sur des phases plus prospectives, plus en amont du projet et sur de l’exécutif web ou d’appli. En parallèle à tout cela, nous avons monté notre projet d’agence de design social en 2015 avec Sophie & Emma, La Bobine, qui est donc une agence plutôt jeune. On a décidé de travaillé sur la santé, car nous voyons qu’il y a beaucoup de demandes à ce niveau et qu’il y a surtout beaucoup de gens qui ont envie de faire bouger les cadres. C’est un milieu où il y a beaucoup de possibilités pour « faire » avec le design. La démarche que nous avons, qui peut être parfois considérée comme « hors cadre » face à un milieu qui a l’habitude d’être très réglementé et qui est très rigide pourrait apparaître comme quelque chose d’inapproprié avec ce milieu, mais c’est le contraire, le monde médical est très sensible à notre démarche, il y a une véritable volonté de faire différemment et faire ensemble. Ils s’intéressent vraiment beaucoup au design !

Crédits photos: ©labobine.co / CancerAdom – 2017

Du coup, comment définiriez-vous ce que vous faites ? Du design de projets ? Du design de politiques publiques ? Du design de services ?

Quand on a besoin de définir précisément ce que l’on fait, on utilise une phrase de notre mentor, un des premiers à avoir parlé de design social, qui s’appelle Alain Findelli et qui a longtemps vécu au Canada. Il définit le design comme « ce qui permet de rendre le monde plus habitable ». Voilà ce qu’on fait, du moins, ce qu’on essaie de faire : rendre le monde plus habitable.

Crédits photos: ©labobine.co / CancerAdom – 2017


En savoir plus sur les activités de Mathieu Surrel, designer social : www.mathieusurrel.com