« La fin ou le but du design est d’améliorer ou au moins de maintenir l’habitabilité du monde dans toutes ses dimensions. »

 

La formule est d’Alain Findeli, pionnier de l’épistémologie francophone de la recherche en design. Pour Findeli, le design pose un regard projectif sur le monde. En ce sens, il est à parfaire, il est un projet et non seulement un objet qu’il faut décrire, dont il faut expliquer les causes ou comprendre le sens [1].

Mais en pratique, ça veut dire quoi précisément ?

Tout au long des articles qui documentent le déroulement de ce projet, nous avons souhaité donner une définition claire de ce que nous entendons par le mot « design ». Afin de boucler cette série d’articles sur le design au service du parcours et de la prise en soin (retrouvez les deux autres épisodes ici et ici), peut être que l’on pourrait envisager d’ouvrir cette réflexion et de remplacer le mot « design » par celui de « pensée du design » ?

 

Atelier de co-création en région Auvergne-Rhône-Alpes, Novembre 2016

Remplacer le design par « pensée du design » ?

Ce détournement permet en effet d’incarner l’idée de participation des patient.e.s, des soignant.e.s et des aidant.e.s qui est à la base de notre projet. Pour certain.e.s (c’est notamment le cas de Tim Brown, fondateur de l’agence de design IDEO), le design n’a d’ailleurs jamais autant d’impact que lorsqu’on le retire des mains des designers pour le mettre dans celles de tout le monde.

Prenons un exemple proche du sujet qui nous intéresse ici à savoir améliorer les conditions de prise en soin des patient.e.s lors d’HAD. L’Angleterre est le pays où ont débuté les premières expérimentations entre designers et lieux de soin. Rapidement, les designers et les personnels soignants des hôpitaux ont souhaité améliorer l’expérience du/de la patient.e. Une des expériences d’inclusion de cette pensée du design dans ce lieu a été d’analyser les échanges de connaissances du personnel soignant lors des changements d’équipe (les « transmissions » entre les infirmièr.e.s, entre les médecins, etc.).

À travers un programme de recherche par l’observation, des ateliers de co-construction, de brainstorming et de prototypage rapide, des designers ont mis à jour une nouvelle façon d’effectuer ces transmissions et donc ces changements d’équipes médicales.

D’un système où les soignant.e.s se retiraient dans un bureau clos afin de discuter de l’état et des besoins des patient.e.s ils sont passés à un système de transmission qui se passe dans les chambres des patient.e.s, avec eux-elles, en utilisant une interface informatique dédiée. En faisant cela, ils ont fait passer le temps où ils/elles étaient loin des patient.e.s de 40 minutes à 12 minutes en moyenne. Ils/elles ont donc amélioré la confiance des patient.e.s et le moral des infirmièr.e.s.

Réfléchissez à l’impact de l’adoption d’un tel protocole dans l’ensemble des hôpitaux français…

Atelier de co-création en région Île-de-France, Juin 2016

Et il s’agit ici d’un simple exemple des milliers d’opportunités de proposition et de “faire” qu’offre la pensée design dans le secteur de la santé.

Cette pensée du design qui nous préoccupe ici offre en fait de nouveaux moyens d’aborder les problèmes à l’intérieur d’un monde qui change. Au lieu de retomber sur une habituelle approche convergente où nous faisons les meilleurs choix à partir des alternatives disponibles, la « pensée design » encourage à suivre une approche divergente, à explorer de nouvelles alternatives, de nouvelles solutions, de nouvelles idées qui n’avaient jamais existé auparavant.


[1] Findeli, A. (2006), « Le design, discipline scientifique ? Une esquisse programmatique », communication présentée au colloque Les Ateliers de la recherche en design (1ère édition), Université de Nîmes, Nîmes, 13-14 novembre 2006.